The Crystals CRYSTALS, The : groupe vocal de pop américain, 1961.

- Barbara Alston : chanteuse principale. Née en 1943 à Brooklyn (New York).
- Patricia Wright : chanteuse principale. Née en 1945 à Brooklyn.
- Dee Dee Kennibrew (Delores Henry) : soprano. Né en 1945 à Brooklyn.
- Dolores «  La La  » Brooks : ténor. Née en 1946 à Brooklyn.
- Mary Thomas : contralto. Née en 1946 à Brooklyn.

Ce quintette de new yorkaises chantantes fut le premier groupe associé aux productions de Phil Spector pour son étiquette Philes.

Toutes originaires de Brooklyn, les Crystals sont formées fin 1960 à l'initiative de l'imprésario Benny Wells qui cherche à lancer sa nièce Barbara Alston. Alors âgée de quinze ans, elle amène deux amies de lycées, Merna Girard et Mary Thomas. Dee Dee Kennibrew est une connaissance de la famille. Wells les associe au compositeur Leroy Bates qui amène Patricia Wright et les baptise du prénom de sa fille, Crystal. « Nous étions en train de répéter nos propres chansons chez un éditeur quand Phil Spector, qui passait par là, nous a entendues », racontera à la journaliste britannique Charlotte Greig Dee Dee Kennibrew à la fin des années 80. « Il nous a demandé si on avait signé chez quelqu'un et si ça nous intéressait d'enregistrer. Notre manager était très content, parce que Spector venait d'avoir eu du succès ave « Every Breath I Take » de Gene Pitney et « Spanish Harlem » de Ben E. King, mais nous, on était incapables de faire la différence entre lui et le premier venu. » Spector vient alors de créer sa propre étiquette, Philes. Il choisit « There's No Other (Like My Baby) », une composition de Bates, mais en ralentit le tempo pour en faire une sorte d'hymne solennel, à la couleur encore très rhythm'n' blues. Le titre est bouclé en trois heures en mai 1961. Le disque paraît en septembre, avec « Oh Yeah, Maybe Baby » en face B, et atteint le n°20 en janvier 1962. C'est la première publication de Philes, l'étiquette que Spector a créée avec Lester Sill. Le second 45 tours est une composition de Barry Mann et Cynthia Weil, « Uptown ». Avec sa guitare flamenca, ses castagnettes et ses paroles réalistes, ancrées dans le vie quotidienne new yorkaise (un garçon noir du ghetto las de lutter pour courber l'échine retrouve « uptown », c'est-à-dire dans les quartiers pauvres, sa fiancée qui le ait se sentir un « roi »), ce titre chanté avec une ferveur et une naïveté explosives marque les véritables débuts du style de Spector. Barbara Alston est la chanteuse principale de l'album Twist Uptown (1962). La La Brooks remplace Merna Girard qui vient d'accoucher, et enregistre avec les Crystals une composition de Goffin & King dont les paroles, inspirées par le récit de leur baby-sitter, figurent parmi les plus provocantes de l'époque (et des suivantes, peut-être) : « He Hit Me (And It Felt Like A Kiss) » (il m'a frappée et ce fut comme un baiser). Le titre est accueilli fraîchement et retiré de la vente. Spector délaisse alors le studio Mira Sound de New York pour Gold Star à Hollywood.

Entamant une pratique qu'il multipliera par la suite, Spector commence alors à publier sous le nom des Crystals des disques qu'il réalise à sa guise avec les chanteuses qui lui conviennent. Darlene Love et les Blossoms chantent sur le plus grand succès du group, « He's A Rebel », une chanson de Gene Pitney initialement destinée à Vikki Carr ou aux Shirelles, puis sur « He's Sure The Boy I Love » de Mann & Weil. Devenues un quatuor après le départ de Mary Thomas, les Crystals enregistrent une version du fameux « On Broadway » qui sera un tube pour les Drifters l'année suivante. Pour la petite histoire, quand le producteur se séparera de ses premier associés en 1963, il leur enverra « (Let's Dance) The Screw, Part 1 », un titre délibérément déplaisant interprété par les Crystals, pressé à très peu d'exemplaires. Ce bras d'honneur musical préfigure « Fuckin' Andrew » commis par Oldham et les Rolling Stones en présence du même Spector. Quand il travaille de nouveau avec les vraies Crystals, Spector confie le premier rôle à La La Brooks , dont la voix plus adolescente convient au classique « Da Doo Ron Ron » de Barry, Greenwich et Spector. « Then Ke Kissed Me », du même trio de compositeurs, est chanté par les Crystals : avec son rideau de percussions et l'utilisation déjà wagnérienne des cordes, ce titre représente la perfection, le « mur de son » du maître. Obsédé par ce titre, Brian Wilson en fera une version magique pour les Beach Boys, chantée par Al Jardine. He's A Rebel, pseudo-deuxième album du groupe, n'est que le premier déguisé. L'identité des Crystals est à nouveau niée quand Spector complète le troisième LP avec des titres des Ronettes, désormais ses favorites.

Les Crystals participent avec brio à l'album de Noël de Spector A Christmas Gift For You. Leur « Santa Claus Is Coming To Town » sera repris par Bruce Springsteen en 1981. Le succès, pourtant, ne viendra plus, malgré l'excellence de « Little Boy », parfait exemple de mur sonore, suivi en Grande-Bretagne par « I Wonder », qui accompagne une tournée triomphale du groupe. « All Grown Up », toujours composé par Barry et Greenwich, est une réponse à « Almost Grown » de Chuck Berry. Accaparé par les Ronettes, Spector se désintéresse des Crystals, réduites à un trio après le départ de Pat Wright qui se marie. Sans Spector, les Crystals enregistrent « Are You Trying To Get Rid Of Me » et « You Can't Tie A Good Girl down » pour United Artists en 1965 avant de trouver refuge dans le circuit des cabarets. Kennibrew, parfois rejointe par Alston et Wright, souvent soutenue par Frances Collins et Merna Girard, maintient le nom en vie. En 1986, La La Brooks a enregistré à Nashville des nouvelles versions des succès des Crystals pour le label Jango avec Darlene Love et Dee Dee Kennibrex sous le titre The Crystals : He's A Rebel . Associée à Darlene Davis et Marylin Byers, elle continue à maintenir en vie le nom des Crystals. Laura Nyro a rendu hommage au groupe en interprétant « Oh Yeah, Maybe Baby » en 1993.