The Everly Brothers EVERLY BROTHERS (The) : duo de rock'n' roll et country américain, 1956.

- Don (Isaac Donald) Everly (chanteur et guitariste). Né le 01.02.1937 à Brownie (Kentucky).
- Phil Everly
(chanteur et guitariste). Né le 19.01.1939 à Chicago (Illinois).

Fils d'un illustre guitariste dont le style époustoufla Merle Travis et Chet Atkins élevé à la musique hillbilly, Phil et Don Everly apportèrent au nouveau rythme du rock'n' roll, des harmonies vocales d'une pureté parfaite et un sens inné de la mélodie. Sans eux, pas de Beatles ni de Simon & Garfunkel.

1949 : l'Everly Family Show fait un tabac sur la station de radio KMA de Shenandoah (Iowa), à l'est du fleuve du Missouri. Chaque matin, à 6 heures 30, avant d'aller à l'école, Don et Phil sont à l'antenne avec leurs parents. Ils chantent des chansons de Hank Williams, accompagnés à la guitare par leur père Ike, racontent des blagues puis laissent la place à leur mère, Margaret, qui donne des recette de cuisine avant que le père ne prodigue quelques conseils pratiques aux fermiers de la région. En 1953, la famille s'installe à Knoxville (Tennessee), dans les Appalaches, où Ike décroche un contrat à la station country WROL. Devenus de bons guitariste, Don et Phil se mettent à composer des chansons. En 1954, Ike introduit ses fils auprès de Chet Atkins à Nashville. Don interprète quelques-unes de ses compositions et Atkins s'arrange pour en placer certaines. Ainsi, « Thou Shalt Not Steal » devient un tube pour Kitty Wells en novembre 1954 ; Wanda Jackson et Anita Carter enregistrent « Here We Are Again » et Justin Tubb « A Lot O'Heart ». A la fin de l'année scolaire 1955, Ike et Margaret sabordent l'Everly Family Show, consacrant toute leur énergie à lancer la carrière de leurs fils.

Fixés à Nashville, où leur mère les a accompagnés, Don et Phil ne tarderont pas, malgré des débuts difficiles, à connaître un lancement éclatant. Chet Atkins les présente à toutes ses relations : dès novembre, les deux frère signent un contrat avec Columbia, enregistrant en 22 minutes quatre compositions country de Don, accompagnés par les Tunesmiths, le groupe de Carl Smith. Un premier 45 tours sort en février 1956 dans l'indifférence générale, et les relations entre les Everly et Columbia en restent là. Au cours des mois qui suivent, Don et Phil auditionnent vainement pour RCA, Cadence et Capitol. Dégoûtés, ils s'apprêtent à rentrer à Chicago pour rejoindre leurs parents, lorsque la chance leur sourit. Wesley Rose, le patron d'Acuff-Rose, la plus importante maison d'édition de Nashville, auditionne Phil et Don et se montre impressionné. Il devient leur manager et éditeur et leur décroche un contrat chez Cadence pour une période de trois ans, au cours de laquelle ils vendront 15 millions de disques. Le 4 mars 1957, The Everly Brothers entrent en studio avec la fine fleur des musiciens de Nashville sous la direction de Chet Atkins. Ils enregistrent une composition de Don, « I Wonder If I Care As Much » et « Bye Bye Love, une chanson de Boudleaux et Felice Bryant, un couple d'auteurs-compositeurs, sous contrat chez Acuff-Rose, dont ils enregistreront pas moins de 27 chansons. Très vite, il est clair que « Bye Bye Love » a tout pour être un tube. The Everly Brothers partent en tournée en première partie de Johnny Cash. Le 10 mai, ils se produisent pour la première fois au « Grand Ole Opry » et le 15 « Bye Bye Love » entre dans le Hot 100 du Billboard. La chanson y restera plus de six mois, grimpant jusqu'au n°2 : les ventes de 45 tours dépasseront un million d'exemplaires. Devenues des stars, les Everly Brothers sont résidents au « Grand Ole Opry » passent au Ed Sullivan Show et sont engagés par Alan Freed pour son « Summer Festival », une grande tournée américaine avec, entre autres, Chuck Berry, Clyde McPhatter, Screamin' Jay Hawkins et Big Joe Turner. « Wake Up Little Suzie », leur 45 tours suivant, a été écrit sur mesure pour les Bryant : malgré le boycott de certaines radios qui jugent les paroles scabreuses (la chanson raconte l'histoire d'un couple d'adolescents qui s'endort dans un drive-in, le titre rapporte à The Everly Brothers leur premier n°1, se vendant à 2,5 millions d'exemplaires.

La façon dont se fondent leurs deux voix, à la fois cristallines et nerveuses, la présence d'un accompagnement rock'n' roll, des paroles réalistes tournant autour des tourments des teenagers, tut cela aura une grande influence sur les premiers disques des Beatles. Au cours des deux années suivants, The Everly Brothers alignent disques d'or et classiques, plaçant souvent les deux faces d'un même 45 tours parmi les meilleures ventes : « All I Have To Do Is Dream » et sa face B « Claudette, « Bird Dog » et « Devoted To You », « Problems », « Take A Message To Mary », « Let It Be Me »…Ils sortent également deux albums, The Everly Brothers et Songs Our Daddy Taught Us, chef-d'œuvre composé de douze chansons du folklore traditionnel américain avec pour seul accompagnement la guitare de Don et une contrebasse.

En février 1960, le contrat avec Cadence arrive à expiration. The Everly Brothers signent avec le nouveau label Warner Bros. Ce contrat historique leur garantit 100 000 dollars par an pendant dix ans : pour la première fois dans l'histoire du rock, une maison de disques s'engage à verser 1 million de dollars à un chanteur. Dès le 8 mars, ils ont à peine commencé à enregistrer leur premier album pour Warner qu'ils doivent déjà partir en tournée pour l'Angleterre avec Eddie Cochran et Gene Vincent. Warner leur réclame un 45 tours En moins d'une semaine, Don et Phil composent et enregistrent « Cathy's Clown ». Début avril, dès leur arrivée à Londres avec les Crickets, la chansons est chez tous les disquaires et entre dans les classements britanniques, atteignant le n°1, où elle restera neuf semaines d'affilée. Entre-temps, le 17 avril, après un concert à Bristol, Eddie Cochran se tue dans un accident de voiture, d'où Gene Vincent sort suant à lui grièvement blessé. Aux Etats-Unis, la chanson connaît une carrière aussi brillante, délogeant du n°1, le 23 mai, le « Stuck On You » d'Elvis Presley, devenant, avec plusieurs millions d'exemplaires vendus, l'un des plus grands succès de tous les temps. « When I Be Loved », « So Sad (To Watch Good Love Go Bad) » et « Like Strangers » suivent, accompagnés par trois albums : The Fabulous Style Of The Everly Brother, un best of publié par Cadence avec un titre inédit et deux albums Warner, It's Everly Time ! (1960), avec neuf originaux dont six composés par les Bryant, et le fabuleux A Date With The Everly Brothers (1960), avec encore six compositions des Bryant, dont « Love Hurts » déjà enregistrée par Roy Orbison, le « Lucille » de Little Richard, « Baby What You Want Me To Do » de Jimmy Reed et « Made To Love », signée par Phil Everly, dont la version française intitulée « Belles, Belles, Belles » lancera trois ans plus tard la carrière de Claude François. Après « Walk Right Back » et sa face B, le fameux et morbide « Ebony Eyes », le duo reprend une vieille chanson de Bing Crosby, « Temptation » contre l'avis obstiné de Wesley Rose. Celui-ci furieux me un point final à son association avec les deux frères et leur interdit d'enregistrer des chansons de son catalogue, donc de Felice et Boudleaux Bryant. Cette absence se fait immédiatement sentir et l'album Both Sides Of An Evening manque cruellement d'originalité. A la fin de l'année, Don et Phil évitent deux ans de service militaire en s'engageant pour six mois dans les marines. Leur carrière ne souffrira pas de cette parenthèse. Une fois démobilisés, ils donnent une cinquantaine de concerts aux Etats-Unis, publient la compilation The Golden Hits Of The Everly Brothers (1962) et enregistrent un album de chants de Noël, Christmas With The Everly Brothers And The Boystown Choir. Un dernier tube, « That's Old-Fashioned » conclut cette période heureuse.

Avant que l'invasion britannique de 1964, Beatles en tête, ne les démode aux Etats-Unis, des difficultés naissent. Don est accroché aux amphétamines. Lorsque les deux frères arrivent à Londres pour une tournée européenne, il doit être hospitalisé, puis rapatrié d'urgence. Phil assure seul les concerts, mais le reste de la tournée doit être annulé. Après « Gone Gone Gone » le duo ne retrouvera ne brève popularité qu'en Grande-Bretagne avec « The Price Of Love » et « Love Is Strange ». La même année, les Everly Brothers publient trois excellents albums Gone, Gone, Gone, Rock'n' Soul et Beat'n' Soul, enregistrent en italien et tournent au Royaume-Uni sous la houlette de Brian Epstein. En 1966, ils se produisent aux Philippines et au Vietnam, puis enregistrent à Londres l'excellent Two Yanks In England, dont huit chansons sur douze sont des compositions des Hollies. Les enregistrements de la fin de la période Warner seront de qualité moyenne : les Everly passent le plus clair de leur temps en tournée, alignant en studio des chansons choisies par des producteurs qui changent à chaque séance. Pour out arranger, les relations entre Don et Phil se détériorent sérieusement. Dans cette ambiance de fin de règne, l'album Roots (1968) présente un heureux mélange de country moderne, avec quelques classiques du genre et des extraits d'un show radio de l'Everly Family de 1952. La période Warner s'achève tristement en 1970 avec un double album live assez médiocre, The Everly Brothers Show. Au cours de l'été 1970, Don enregistre un album solo, Don Everly, pour Ode, le label du producteur Lou Adler. Un an plus tard, les Everly Brothers signent un contrat avec RCA. Ils graveront deux albums pour la firme : Stories We Could Tell (1972), produit par Paul Rothchild. Un an plus tard, Chet Atkins produit leur Pass The Chicken And Listen (1973), assemblage de chansons écrites par les meilleurs compositeurs de la nouvelle vague country. Guy Clark, Lee Clayton, Kris Kristofferson, enregistré avec le duo de Nashville. La boucle est bouclée. A l'écoute, la magie est toujours là, intacte. Pourtant, le 14 juillet 1973, au cours d'un concert quelque peu chaotique à Knotts Berry Farm à Buena Park (Californie), Phil quitte la scène, fracasse sa guitare et jure que plus jamais il ne chantera avec son frère.

Phil Everly tiendra parole pendant dix ans. En 1973, il sort son premier album solo chez RCA , Star Spangled Springer, produit par Duane Eddy, où il est accompagné par James Burton, le célèbre joueur de steel guitar Buddy Emmons et J.D.Maness. L'année suivante, Don enregistre Sunset Towers avec le concours du groupe anglais Heads Hands & Feet du guitariste Albert Lee alors que Phil, passé chez Pye, sort Phil's Diner et en 1975 Mystic Line. En 1977, Don signe chez Hickory, le label de Wesley Rose, et enregistre l'excellent Brother Jukebox, Phil passe chez Elektra pour Living Alone puis chez Curb pour deux simples, « Dare To Dream Again » et « Sweet Southern Love », qui le ramènent dans les classements country. En 1978, il apparaît dans le film de Clint Eastwood Every Which Way But Loose, où il chante en duo avec Sondra Locke. En 1982, il enregistre à Londres pour Capitol l'album Phil Everly, en compagnie de Dave Edmunds, Mark Knopfler, Terry Williams et Billy Bremner, où il chante deux chansons en duo avec Cliff Richard.

Après s'être ignorés pendant dix ans, Phil et Don, qui ne se sont revus qu'à l'occasion des funérailles de leur père, en octobre 1975, font un retour aussi époustouflant qu'inattendu au Royal Albert Hall de Londres les 22 et 23 septembre 1983. L'année suivante, ils signent un nouveau contrat avec Mercury et enregistrent EB'84 produit par Dave Edmunds dont l'une des chansons « On The Wings Of A Nightingale », composée par Paul McCartney, leur rapporte leur premier tube depuis près de vingt ans. Born Yesterday (1986) figure parmi les dix meilleurs albums de l'année selon le magasine Time. La même année, The Everly Brothers sont intronisés au Rock'n' Roll Hall of Fame et sortent en 1988 leur dernier album à ce jour, Some Hearts, qui clôt leur contrat avec Mercury. Ils continuent à se produire à travers le monde, où leur popularité n'a jamais décru. Des nombreux grands chanteurs de cette période, ils sont les seuls dont la qualité des prestations et des enregistrements, considérés aujourd'hui comme des classiques à l'influence toujours vivace, n'a jamais baissé.