Tom Petty PETTY, Tom (And The Heartbreakers) : chanteur et guitariste de rock américain, 1971. Né le 20.10.1953 à Gainesville (Floride).

Inspiré par le rock'n' roll des origines et les grands classiques des années 60, Beatles, Rolling Stones, Bob Dylan et surtout les Byrds et Creedence Clearwater Revival, ce musicien du nord de la Floride s'est affirmé fortement aux débuts de la période new wave en prônant un retour à la simplicité. Il a collaboré avec Bob Dylan et George Harrison au sein des Travelling Willburys.

Comme nombre de rockers américains, Petty a mangé de la vache enragée : il lui faudra neuf ans pour sortir son premier album. Dès 1968, âgé de quinze ans, avec un groupe de copains du lycée de Gainesville, il fonde Mudcrutch ; ses complices d'alors se nomment Mike Campbell, Tommy Leadon et Randall Marsh. En 1975, après avoir fini par décrocher un petit contrat avec Shelter, Petty part pour la Californie et fonde les Heartbreakers au sein duquel il a gardé une place pour Campbell et trois autres recrus ultérieures de Mudcrutch : le bassiste Ron Blair, le batteur Stan Lynch et le remarquable claviériste Benmont Tench. Les Heartbreakers compteront même un temps trois guitaristes, le troisième larron étant Jeff Jouard, qui fondera bientôt les Motels avec son frère Marty.

Comme le premier 45 tours du groupe « Depot Street », a essuyé un lamentable échec, Cordell décide de mettre l'album des Heartbreakers au placard et de repartir à zéro. Là encore, l'échec sera cinglant : 6 500 exemplaires vendus en trois mois. La carrière de Petty semble finie avant même d'avoir commencé. Mais Cordell, qui a produit un nouvel album, croit sur comme fer à ses poulains et les envoie en tournée avec Nils Lofgren en Grande-Bretagne, où l'accueil est enthousiaste. En juin 1997, Tom Petty And The Heartbreakers entre dans le Top 40, tout comme deux 45 tours qui en sont extraits, « Anything That's Rock'n' Roll » et « American Girl ». Dans quel tiroir ranger Tom Petty ? Nombre de critiques commettent le contresens total de l'associer à la new wave américaine de l'époque puis, déçus par son traditionalisme, de le considérer comme une sorte de Bob Seger en plus photogénique. Tom Petty n'est ni un punk ni un conformiste du rock FM : amoureux d'Elvis Presley comme de Captain Beefheart, il est avant tout un musicien populaire américain dont l'honnêteté irréprochable et les qualités d'écriture (humilité, finesse, respect inné mais jamais servile de la tradition) s'accompagnent d'un talent exceptionnel de guitariste rythmique.

Les Etats-Unis se réveillent alors : en février 1978, « Breakdown » atteint le n°40 du Billboard, et le raz de marée peut déferler. A l'écoute de ce merveilleux premier album, les difficultés rencontrées par Petty dans son pays natal semblent incompréhensibles. Sans parler de la « gueule » du chanteur, avec ses pommettes au rasoir, ses cheveux blonds et son apparence angélique, il est incroyable que les radios FM américaines aient tant tardé à adopter ce cocktail parfait de tous les ingrédients les plus efficaces que le rock se soit inventés depuis le premier disque d'Elvis. Les compositions sont solides, l'exécution irréprochable : le débit de Petty évoque le Bob Dylan de la période Blonde On Blonde, les parties de guitare sont dignes de Roger McGuinn et les riffs sont accrocheurs. La seule explication à la découverte de Petty par le public britannique est peut-être que ce dernier, élevé au son des Everly Brothers et de Buddy Holly, a sans doute une sympathie plus profonde pour ce qu'il perçoit être l'authenticité du rock'n' roll américain, à preuve l'œuvre entier de Dave Edmunds et Nick Lowe et de tous les pub-rockers du début des années 70, qui avaient crée un véritable « musée vivant » pour une musique délaissée dans leur terre d'origine.

Quoi qu'il en soit, en 1978, année de la sortie de You're Gonna Get It , les choses ont bien changé : cet album plus « carré » que le précédent donne à Petty un disque d'or aux Etats-Unis et beaucoup de soucis. En plein envol, il a été brutalement remis sur terre par une action en justice de MCA, qui vient de faire l'acquisition du catalogue de Shelter et a tant et si bien révisé les comptes de Petty, disque d'or ou pas, se retrouve avec une dette de plus de 500 000 dollars. Il lui faudra se déclarer en faillite pour que MCA daigne parvenir à un arrangement qui remette sa carrière sur les rails et de bien belle façon. Fautes de compositions dignes d'un « Breakdown », You're Gonna Get It avait été une demi-déception. Damn The Torpedoes (1979) confirmera les espoirs placés en lui. Tout guitariste de rock se devrait de posséder un exemplaire de cet album, où Petty et Campbell signent quelques-unes de parties de douze cordes les plus inspirées depuis les beaux jours des Byrds et de Ron Elliott des Beau Brummels. Du disque entier émane une classe pure, dont un des signes est la confiance absolue que ces musiciens hors pair manifestent dans le contrôle de leur instrument. Les chansons elles-mêmes font mieux que tenir la route : « Don't Do Me Like That » et l'hymne « Refugee » occupent les ondes américaines durant toute l'année 1979, et Petty reçoit son premier disque de platine.

Musicien engagé et militant antinucléaire convaincu, Tom Petty se servira de ses démêlés avec MCA pour entamer un combat à découvert contre l'industrie du disque à l'occasion de la sortie de Hard Promises en 1981. Il devient la première rock-star américaine à imposer une baisse des prix de son album et à dénoncer les profits invraisemblables que MCA a réalisés sur le dos de ses artiste et du public en général. Petty est alors devenu uns institution en trois albums, comme le prouve la présence dans Hard Promises de Stevie Nicks, la chanteuse de Fleetwood Mac. Une présence regrettée par certains fans, qui n'apprécient guère non plus que le producteur Jimmy Iovine ait progressivement épaissi le son si précis des Heartbreakers. De fait, jusqu'à sa rencontre avec Rick Rubin en 1994 pur le magnifique Wildflowers , le son de Petty va souvent pêcher par trop de perfectionnisme, même si le compositeur n'a rien perdu de son talent. Long After Dark (1982), Southern Accents (1985) et Let Me Up (1987) recèlent nombre de compositions dans lesquelles Petty prouve que, pour reprendre les mots du critique John Pareles, bien qu'il était un fabricant de tubes depuis les années 70, il n'a jamais perdu le contact avec la vie des « gens ordinaires ». Les personnages de ses chansons sont maussades, perplexes, têtus et incapables de rester sur place.

Petty finit par se lasser de cette routine lucrative en 1988, lorsqu'il s'associe avec George Harrison, Jeff Lynne, Roy Orbison et Bob Dylan pour un album de circonstance où ces cinq musiciens redécouvrent le plaisir d'un rock ‘n' roll simple et sans fioritures sous le nom des Travelling Willburys. L'année suivante le verra enregistrer un disque solo qui fera beaucoup pour le réconcilier avec son premier public, Full Moon Fever, et lui donne l'un de ses plus gros succès, en Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis, « I Won't Back Down ». Mais Petty est de plus en plus pris par ses activités au sein de l'organisation écologiste Greenpeace, des associations de vétérans de la guerre du Vietnam ou des organisations caritatives de lutte contre le sida, et sa production s'en ressentira nettement au début des années 90, après la sortie d' Into The Great Wide Open en 1991.

En 1993, Petty prend un nouveau départ, qui a des allures d'un retour aux sources. Muni d'un nouveau contrat avec Warner, il collabore enfin avec un producteur, Rick Rubin, qui dispose des moyens nécessaires pour le faire aller au-delà des limites qu'il s'est on ne peu t plus consciemment imposées à lui-même. L'année suivante, Wildflowers mettra d'accord tout le monde, avec une chanson-titre magnifique qui représente probablement le sommet de sa carrière. Wildflowers sera couronnée d'un triomphe commercial avec 3 millions d'exemplaires vendus occasionnant trois tubes : « You Don't Know How It Feels », « You Wreck Me », et « It's Good To Be King ». Petty, sans rien sacrifier de son aisance, s'est découvert un humour, une tendresse et une maturité qui ont parfois manqué à ses disques précédents. En 1995 est paru un gigantesque coffret-rétrospective de 92 titres, Playback ; puis, en 1996, le BO du film She's The One. Un génie ? Certes pas. Modeste à l'excès, Tom Petty lui-même en rirait. Mais un artisan fiable, parfois touchant, et qui maîtrise admirablement le langage limité qu'il s'est choisi.