T-Bone Walker WALKER, T-Bone : chanteur, guitariste, danseur et pianiste de blues américain, 1924-1975. Né le 28.05.1910 à Linden (Texas). Mort le 16.03.1975 à Los Angeles (Californie).

Peu de musiciens de blues ont eu une influence aussi déterminante sur la naissance du rhythm'n' blues et du rock'n' roll que ce guitariste texan fixé à Los Angeles . Avec beaucoup d'avance, il fut tout simplement le premier à utiliser la guitare électrique dans le blues dès 1937, imité des années plus tard par des solistes comme B.B. King. Il fut aussi un des premiers à utiliser, dès l'après-guerre, les tempos rapides du boogie-woogie et du jump blues (« Lonesome Women Blues », « Vacation Blues », en 1947). Son style fluide et élégant, influencé par les saxophonistes et trompettistes du jazz swing des grandes formations avec cuivres qu'il dirigeait, a servi des compositions célèbres comme « Call It Stormy Monday ». Parmi les innombrables guitaristes qu'il a influencés, on compte Chuck Berry, qui prendra son style pour modèle.

Elevé à Dallas par des parents musiciens, il apprend vite le banjo. Walker vit auprès des musiciens en tournée qui fréquentent l'open house tenue par ses parents, sorte de petite auberge. Enfant, il rencontre Texas Alexander et sert régulièrement de guide au maître du bues country folk aveugle Blind Lemon Jefferson, souvent de passage à Dallas. Inspiré par Jefferson et par Leroy Carr pour son style plus sophistiqué, il apprend la guitare. Encore adolescent, il se produit sur scène puis rejoint la troupe ambulante du Dr. Breeding, vendeur d'élixir dans son « Big B Tonic Show » au milieu des années 20. Il y est musicien, comédien et danseur. Il rejoint ensuite à Albany la revue itinérante de la chanteuse de blues classique Ida Cox, avec qui il danse notamment des claquettes. Il enregistre un 78 tours à la guitare sèche pour Columbia en 1929 sous le nom d'Oak Cliff T-Bone. Attiré par les grands orchestres de swing, il gagne le premier prix des amateurs dans un spectacle de Cab Calloway, et joue alors brièvement du banjo pour lui. Il cherche à devenir un chanteur swing comme Calloway, déménage à Los Angeles en 1934 et joue dans le groupe de « Big » Jim Wynn à Little Harlem.

Comme le banjo, la guitare est jusque-là surtout utilisée en accords d'accompagnements : arpèges, picking, slide et rythmique. Le virtuose et pionnier Lonnie Johnson est une des rares exceptions : il enregistre des solos note à note, jouant une corde à la fois, sur sa guitare sèche. Comme tous les guitaristes de l'époque, T-Bone est marqué par Lonnie Johnson, mais c'est à Oklahoma City qu'il rencontre Chuck Richardson, qui enseigne la technique révolutionnaire du solo sur guitare électrique à Charlie Christian. Ainsi, au même moment que celui-ci, qui est son ami d'enfance et qui deviendra vite le guitariste le plus influent de l'histoire du jazz, Walker adopte en 1937 la guitare amplifiée électriquement, idéale au sein des bruyantes grandes formations avec cuivres qui l'accompagnent. Homme de scène et soliste unique, il devient vite chanteur et guitariste du Cotton Club Orchestra de Les Hite vers 1940 et enregistre « T-Bone Blues » à New York. Il quitte Hite après ce premier succès et codirige un group avec « Big » Jim Wynn dans les meilleurs clubs de Los Angeles. Sa guitare électrique émerveille. Parmi les mille tours qu'il exécute pendant son spectacle, il joue de la guitare en la plaçant derrière sa tête, un truc repris par Chuck Berry, qu'il influencera de façon déterminante, et Jimi Hendrix, qui en fera un de ses plus célèbres clichés. De 1942 à 1944, T-Bone enregistre avec le groupe de Freddie Slack pour Capitol, et bientôt Slack l'accompagne à son tour pour un disque sous son propre nom, « Mean Old World I Got A Break Baby » (1942), deux titres qui deviendront des classiques essentiels pour la première génération de guitaristes de blues électrique. Propulsé sur certains titres par les rythmes boogie-woogie et swing de ces formations de jazz, T-Bone Walker est à la fois un des grands innovateurs du blues et un des précurseurs du rhythm'n' blues et du rock'n' roll. Il part pour Chicago, où son style électrique fait aussitôt sensation, marquant notamment Muddy Waters. De 1945 à 1946, il y est la vedette du Rhumboogie Club, accompagné par l'orchestre de Milt Larkin et celui de Marl Young qui figure dans ses enregistrements pour Rhumboogie et Swingmaster. De nombreux musiciens importants comme Clarence « Gatemouth » Brown, Pee Wee Clayton et B.B. King adoptent à leur tour la guitare électrique, considérablement marqués par son exemple. A son retour sur la Côte Ouest , T-Bone Walker est très en demande et enregistre de 1946 à 1947 pour Black & White et son département jazz, Comet. De grand classiques du blues naissent ainsi au cours de sa plus brillante période avec « I'm Gonna Find My Baby », « T-Bone Shuffle » et le célèbre « Call It Stormy Monday » qui sera enregistré par de nombreux interprètes comme Chris Farlowe, Bobby « Blue » Bland ou l'Allman Brothers Band.

En 1950, il signe un contrat de quatre ans avec les disques Imperial et enregistre à Detroit avec le groupe de T.J. Fowler, à La Nouvelle-Orléans avec ce lui de Dave Bartholomew, et avec sa propre formation à Los Angeles. Il déploie désormais un style plus dur, au son plus rock que jamais, aux tempos souvent rapides, toujours avec des cuivres puissants. T-Bone est sans arrêt en tournée aux Etats-Unis, et sa santé en souffre. En 1955, il rejoint les disques Atlantic et continue dans cette veine, notamment avec l'harmoniciste Junior Wells à Chicago, mais un ulcère à l'estomac l'oblige à quitter son groupe. C'est notamment avec le guitariste de jazz Barney Kessel qu'il recommence à enregistrer en petite formation en 1956, ravi de pouvoir improviser à sa guise dans un contexte plus jazz. Il apparaît à l'American Folk Blues Festival de 1962 qui le fait découvrir aux amateurs de blues et de jazz européens. Son public s'élargit alors beaucoup. Sans cesse en tournée, il enregistrera encore une bonne vingtaine d'albums d'un niveau légèrement inférieur à ses grands classiques, mais ne sera jamais vraiment diminué. Ses enregistrements pour Bluesway restent sans doute les meilleurs de cette dernière période. Fatigué, à la fin de sa vie, il délaisse la guitare pour le piano, dont il joue à merveille sur scène. Il ne se rétablit pas d'une attaque cardiaque survenue en 1974, et ce géant du blues meurt quelques mois plus tard d'une pneumonie.