The Yardbirds YARDBIRDS, The : groupe de rhythm'n' bues britannique, 1963-1968.

- Keith Relf  : chanteur, et harmoniciste et guitariste. Né le 22.03.1944 à Richmond (Angleterre). Mort le 14.05.1976 à Los Angeles (Californie).
- Paul Samwell-Smith 
: bassiste, producteur et chanteur. Né le 08.05.1943 à Londres (Angleterre).
- Jimmy Page
 : guitariste soliste. Né le 09.01.1944 à Heston (Angleterre).
- Chris Dreja
: guitariste puis bassiste. Né le 11.11.1947 à Surbiton (Angleterre).
- Jim McCarty
: batteur et chanteur. Né le 25.07.1944 à Liverpool (Angleterre).

Un des groupes légendaires du rhythm'n' blues anglais né, comme les Rolling Stones, au début des années 60, cette formation a acquis une immense réputation surtout due au passage dans ses rangs de trois des plus prestigieux guitaristes solistes de l'histoire du rock : Eric Clapton, Jimmy Page et Jeff Beck.

Les Yardbirds se forment au tout début 1963 lorsque deux membres du Metropolis Blues Quartet, groupe acoustique, Keith Relf et Paul Samwell-Smith, se font accompagner par la formation de l'ami d'enfance de ce dernier, Jim McCarty, qui comprend également les guitaristes Chris Dreja et Tony « Top » Topham. Ensemble, ils décident de jouer le rhythm'n' blues de Chicago dont Relf copie les morceaux d'après les 78 tours de la remarquable discothèque du père de Topham, collectionneur. Ils débutent dans les clubs des environs de Londres, le Studio 51, le Ricky Tick, et quelques pubs autours de Kingston, comme le Crown. Suivant les traces des Rolling Stones, les Yardbirds, encouragés par Brian Jones, leur succèdent bientôt comme groupe régulier du fameux club Crawdaddy de Richmond, dirigé par Giorgio Gomelski surnommé « le Russe fou ». Gomelski, qui faillit devenir l'imprésario des Rolling Stones, prend en charge la prometteuse carrière des Yardbirds, qui ne décolle vraiment qu'avec le départ de « Top », désireux de poursuivre ses études, et l'arrivée d'Eric Clapton en octobre 1963. Une première séance de studio restera longtemps inédite, où la quintette tente de donner une épaisseur discographique à quelques-uns de ses classiques de scène (« Boom Boom » de John Lee Hooker, « Baby What's Wrong » de Jimmy Reed) et s'essaie à quelques compositions originales, comme « Honey In Your Hips » de leur chanteur et harmoniciste Keith Relf, un tout petit homme aux cheveux blonds coupés au bol.

Il faut attendre juillet 1964 pour que les Yardbirds, rejetés par Decca qui estime avoir suffisamment de groupes de rhythm'n' blues dans son écurie, signent un contrat avec Columbia. Ils publient leur premier 45 tours, le cinglant « I Wish You Would A Certain Girl », qui ne rencontre pas le succès, pas plus que le suivant, en octobre, « Good Morning Little Schoolgirl I Ain't Got You », malgré une nouvelle fois un excellent solo d'Eric Clapton, qui a choisi les deux titres, sur la face B.

Heureusement, Giorgio Gomelski a l'excellente idée d'enregistrer un de leurs concerts au Marquee, suscitant l'album Five Live Yardbirds (1965) qui établit enfin leur réputation de groupe de scène et celle de leur exceptionnel guitariste, Eric Clapton, que tous les fans ont ironiquement rebaptisé « Slowhand » (« la branlette »). D'un frénétique « Too Much Monkey Business » de Chuck Berry à un exceptionnel « Smokestack Lightning » d'Howlin' Wolf, les Yardbirds exposent leur énergie, leur enthousiasme et leur amour pour le rhythm'n' blues américain, qu'ils manifestent en accompagnant Sonny Boy Williamson en tournée. Celui-ci dira : « Ces garçons jouent tellement en finesse qu'ils me font presque pleurer. »

Début 1965, il manque toujours un aux Yardbirds. En décembre 1964, ils appellent Brian Auger au clavecin, Denny Piercey aux bongos et Bob Prentis à la contrebasse pour l'enregistrement d'un titre signé Graham Gouldman que coproduisent Paul Samwell-Smith et Giorgio Gomelski : « For Your Love ». Grâce à ce succès, les Yardbirds sont connus du grand public, mais le puriste qu'est Eric Clapton est écoeuré. Il se joint quelques semaines plus tard aux Bluesbreakers de John Mayall, non sans être encore distingué sur la face B, l'instrumental « Got To Hurry ». Les Yardbirds se tournent vers Jimmy Page, qui décline leur offre, mais leur recommande le soliste des Tridents, Jeff Beck. Les Yardbirds rivalisent ainsi les Animals, les Kinks et les Who, grâce au talent agressif de Jeff Beck, pionnier du feed-back et de la distorsion. « L'horizon de Jeff était bine plus large que celui d'Eric, se souvient Chris Dreja ; le style d'Eric était encore très embryonnaire lorsqu'il était avec nous. Jeff débordait largement du cadre du blues et du rock'n' roll, il adorait expérimenter, aborder de nouveaux styles. » Gomelski choisit une autre composition de Gouldman pour le premier 45 tours des Yardbirds avec Jeff Beck, « Heart Full of Soul » qu'il coproduit à nouveau avec Samwell-Smith. A défaut du sitar envisagé, Keith Relf est à la guitare sèche et Jeff Beck réalise un travail remarquable.

Fin 1965 paraît un 45 tours à la double face A, « Evil-Hearted You », toujours signé Gouldman, et « Still I'm Sad », marqué par un usage étrange du chant grégorien, composé et arrangé par Samwell-Smith et McCarty, un titre dans lequel tout le monde chante, Gomelski compris. Les Yardbirds accompagnent alors les Beatles en tournée européenne. Au cours de leur première tournée américaine qui débute en septembre 1965, ils enregistrent « I'm A Man » de Bo Diddley ainsi que leur 45 tours suivant, l'excellent « Shapes Of Things », composé par les quatre fondateurs du groupe, au légendaire studio Chess de Chicago. A Memphis, c'est chez Sun qu'ils gravent le remarquable « You're A Better Man Than I » composé par le batteur-pianiste de Manfred Mann, Mike Hugg, et la version définitive de « Train Kept A-Rollin' », titres qu'on retrouve dans le très enlevé Having A Rave-Up With The Yardbirds (1965).

Début 1966, les Yardbirds se fâchent avec Gomelski, qui veut leur imposer de se produire au festival de la chanson à San Remo. Ils ont pour nouvel imprésario l'aristocrate Simon Napier-Bell. Ils connaissent le succès avec « Over, Under, Sideways Down », un boogie avec Jeff Beck à la basse, et publient l'album Yardbirds (1966), leur premier en studio. En juin 1966, Paul Samwell-Smith, de plus en plus accaparé par travail derrière la console, annonce son départ. Pour le remplacer, les Yardbirds font de nouveau appel à l'un des guitaristes de séances les plus prisés du pays, Jimmy Page, qui a déjà enregistré avec les Kinks, les Who, Them (avec Van Morrison), Lulu et même Eric Clapton, qui a publié sans succès un 45 tours en solo et officie comme directeur artistique chez Immediate. Après une seule tournée, Page délaisse la basse, que reprend Chris Dreja, et forme avec Jeff Beck un duo explosif de guitaristes solo. Ils n'enregistrent malheureusement que trois titres dans cette configuration : le 45 tours « Happening Ten Years Time Ago » qui laisse entrevoir de merveilleuses possibilités, « Psychodaisies » et un morceau pour le film Blow Up (1967) de Michelangelo Antonioni où les Yardbirds jouent « Train Kept A-Rollin' », rebaptisé à l'occasion « Stroll On ». La scène de Blow Up est restée légendaire et emblématique de toute une époque. Le réalisateur souhaitait en réalité avoir les Who, réputés alors pour détruire leur matériel sur scène. Il dut se contenter des Yardbirds, et Jeff Beck s'exécuta, détruisant pour les besoins du film une Gibson dont il ne s'était jamais servi.

Malheureusement, Jeff Beck part sur un coup de tête au cours d'une tournée américaine pourtant triomphale en décembre 1966, six mois seulement après l'arrivée de Jimmy Page. IL a fait découvrir à un public ébahi ses procédés de distorsion, enfonçant régulièrement ses manches de guitare dans les amplis. Si Jimmy Page s'avère une excellente recrue pour la scène, ses décisions en studio sont discutables. Il fait appel au producteur Mickie Most, responsable des tubes de Donovan, Herman's Hermits et de Jeff Beck, qui sera loin de faire aussi bien que Paul Samwell-Smith : celui-ci leur fait enregistrer tout et n'importe quoi, du « Hang On Sloopy » des McCoys à « Ha ! Ha ! Said The Clown » de Manfred Mann, de « Ten Little Indians » de Harry Nilsson à « Goodnight Sweet Josephine » de Tony Hazzard, au point que leur album de 1968, Little Games, ne sortira même pas en Europe.

Chris Dreja et Jim McCarty, que Most n'utilise pas en séance, doivent ainsi apprendre le répertoire de leur propre groupe pour les tournées, qui se poursuivent avec succès aux Etats-Unis, où la formation impressionne grâce à l'arrangement que Jim McCarty a fait d' « I'm Confused » de Jake Holmes, qui deviendra bientôt entre les mains de Jimmy Page « Dazed And Confused ». Les Yardbirds se séparent finalement en juin 1968, lorsque Keith Relf et Jim McCarty, n'obtenant pas de Jimmy Page qu'il les suive dans une voie plus folk et baroque, s'en vont fonder Renaissance, puis Illusion, après avoir déjà publié quelques titres à  la Simon & Garfunkel en duo sous le nom de Together. Jimmy Page et Chris Dreja tentent de continuer jusqu'en octobre, lorsque le meilleur des deux limoge l'autre, qui deviendra photographe de renom, pour le remplacer par John Paul Jones. Après l'échec de la tentative d'engager Terry Reid comme chanteur et B.J. Wilson de Procol Harum comme batteur, les New Yardbirds sont complétés par Robert Plant et John Bonham, et donneront une série de concerts avant de changer leur nom en Led Zeppelin sur les conseils du batteur des Who, Keith Moon, qui avait déjà menacé de former un groupe de ce nom l'année précédente, en compagnie de John Entwistle, Nicky Hopkins et Jeff Beck.

Au cours des années 80, Jim McCarty et Paul Samwell-Smith formeront avec Chris Dreja et de nombreux invités, au nombre desquels Jeff Beck, Rory Gallagher et John Fiddler de Medecine Head, le très digne Box Of Frogs, qui publiera deux agréables albums de rhythm'n' blues britannique. Keith Relf, devenu guitariste et chanteur d'Armaggedon, mourra électrocuté en accordant sa guitare lors d'une répétition le 14 mai 1976. Nombre de critiques et d'historiens du rock le traitent injustement, parce que, pour son malheur, il ne possédait ni le charisme de Mick Jagger, ni me physique de Roger Daltrey, ni la voix d'Eric Burdon. Ne serait-ce que pour avoir révélé trois du meilleur guitariste du blues anglais, il ne mérite pas cette condescendance.