Led Zeppelin LED ZEPPELIN : groupe de rock britannique , 1968-1981.

- Jimmy
(James) Page : guitariste. Né le 09-01-1944 à Heston, Angleterre.
- Robert Plant : chanteur et harmoniciste. Né le 20-08-1948 à Bromwich, Angleterre.
- John Paul Jones (John Baldwin) : bassiste et claviériste. Né le 03-01-1946 à Sidcop, Angleterre.
- John «Bonzo» Bonham : batteur. Né le 31-05-1948 à Redditch, Angleterre, mort le 25-09-1980 à Windsor, Angleterre.

Née du blues boom anglais de 1968, cette formation phare est en grande partie à l'origine de l'existence du hard rock comme genre. Progressivement enrichie d'influences folk et orientales et d'une diversité rythmique exceptionnelle, elle créera dans les années 70 une synthèse inimitable.

Jimmy Page a déjà un passé chargé de prodige des studios quand en 1968 il décide de former son propre groupe. Il a notamment eu l'occasion d'aiguiser ses riffs sur des disques de Them (Van Morrison), des Who, de Donovan et des Kinks, et il a appartenu depuis 1966 aux Yardbirds, un des groupes phares du rhythm'n'blues anglais. Quand ces derniers se séparent, Page se retrouve seul à porter juridiquement le nom du groupe, avec des obligations contractuelles de concerts à honorer. Il enrôle alors un autre musicien de studio, John Paul Jones, qui a joué pour sa part avec les RoIling Stones, Herman's Hermits, Lulu ou Dusty Springfield. Sont envisagés ensuite le batteur B.J. Wilson (futur Procol Harum) et le chanteur Terry Reid. Aucun des deux n'est libre, mais Reid conseille Robert Plant (qui a débuté chez Alexis Korner) qui, à son tour, recommande le batteur de son groupe Band Of Joy, John Bonham. Le groupe ainsi formé prend le nom des New Yardbirds et embarque bientôt pour une tournée en Scandinavie. Pour avoir une idée de la musique qu'il jouait alors, il faut se reporter à la remarque de Keith Moon, qui la trouvait « tellement lourde qu'ils (les musiciens) allaient s'écraser comme un zeppelin en plomb (Led Zeppelin) ». La légende a retenu que le nom venait de là.

Grâce à leur manager Peter Grant, un homme d'affaires aux manières de maffioso qui aura une importance considérable dans le développement de leur carrière, les musiciens obtiennent auprès d'Atlantic un contrat de cinq ans leur assurant une entière liberté artistique. Peu après leur retour de Scandinavie, ils enregistrent en une trentaine d'heures leur premier album (sans titre), paru en 1969, qui, par l'inclusion commune d'une version à rallonge du « You Shook Me » de Willie Dixon, rappelle beaucoup le Truth du Jeff Beck Group, sorti quelques mois auparavant. Les deux ont en effet pas mal de points communs ; un chanteur hurlant (comme Rod Stewart chez Jeff Beck), un guitariste qui n'hésite pas à en rajouter dans les exploits pyrotechniques, un profond enracinement dans le blues urbain de Muddy Waters ou Howlin' Wolf, et une même façon de le tirer vers ce qu'on ne tardera pas à appeler le hard rock (et que Page préférait à l'époque appeler progressive blues ). Mais, alors que Truth semble surtout un mauvais prétexte pour la guitare flamboyante de Beck, Led Zeppelin a d'emblée trouvé un ton, une alchimie particulière. A côté de la frénésie et des riffs archétypes de « Good Times - Bad Times » un « Communication Breakdown », un morceau comme « Dazed And Confused » démontre un sens aigu de la dramaturgie musicale qu'aucun de ses nombreux suiveurs n'arriveront à égaler, et donne au passage un avant-goût des richesses à venir. Accessoirement, Led Zeppelin révèle la fâcheuse tendance du Page de cette période à ne pas dévoiler ses sources : « Dazed And Confused » est très largement inspiré d'un morceau du même nom composé par le chanteur Jake Holmes (dans The Above Ground Sound Of Jake Holmes, 1967), l'instrumental « Black Mountain Side » reproduit presque note pour note le « Black Water Side » de Bert Jansch, « How Many More Times », signé Page, est en fait une chanson de Howlin' Wolf. Une série d'« oublis » qui contribuera notablement aux gémonies auxquelles Page sera voué dès le début par toute une frange de la critique.

Dans la foulée du disque, Led Zeppelin embarque pour une tournée aux Etats-Unis, où il fera les premières parties de Vanilla Fudge, Alice Cooper (alors en pleine obscurité), Iron Butterfly. L'occasion pour Page de bluffer tout le monde avec ses solos encore plein d'esbroufe et occasionnellement géniaux, en particulier dans « Dazed And Confused », où il se sert d'un archet une idée volée à Eddie Phillips, guitariste du groupe mod The Creation et qu'il lui arrivera de plus en plus souvent d'étirer au-delà des trente minutes. Et c'est là, sur scène, que Led Zeppelin va commencer à conquérir d'abord les Etats-Unis puis le monde, en se lançant dans des prestations risquées, remaniant chaque fois les morceaux, donnant à ses concerts des allures d'événements où tout peut arriver. Pendant la tournée, il enregistre en divers endroits et assemble la matière de Led Zeppelin II (1969), un deuxième album dans la veine du premier, avec son lot d'attaques soniques, « Ramble On », « Heartbreaker », et de progressive blues, « The Lemon Song ». Cette dernière reprend d'ailleurs des phrases entières d'une chanson du bluesman Robert Johnson (« Travelin' Riverside Blues »), tandis que « Whole Lotta Love » est un repiquage à peine déguisé du « You Need Love » de Willie Dixon. A ce moment la critique est nettement divisée au sujet de Led Zeppelin : d'un côté, ceux qui sont subjugués par la puissance immédiate de la musique, de l'autre, ceux qui sont écoeurés par son sexisme, la litanie de clichés des paroles et une violence jugée gratuite. Un sentiment bien résumé par le journaliste anglais Charles Shaar Murray qui, dans son livre sur Jimi Hendrix, compare la version originale de « You Need Love », enregistrée par Muddy Waters en 1963, et sa transformation en « Whole Lotta Love » : « Le premier opère comme une séduction [...], l'effet d'ensemble est intimiste, décontracté et bougrement sexuel. Led Zeppelin, à côté, fait songer à un viol collectif de l'âge thermonucléaire. » Tout ça n'empêchera pas « Whole Lotta Love » d'être transfiguré par la mise en scène sonore ingénieuse de Page et de devenir l'emblème du disque. Classé n°5 aux Etats-Unis, ce titre amorce le raz-de-marée Led Zeppelin, plus gros vendeur de disques de la première moitié des années 70. De son côté l'album détrônera Abbey Road des Beatles, en tête du classement des deux côtés de l'Atlantique.

On s'apercevra pourtant bientôt que Led Zeppelin est loin d'être réductible à ces assauts sonores. Page et Plant sont des fans de Bert Jansch, de l'Incredible String Band, de Roy Harper, et Led Zeppelin III (1970) pointera dans cette direction folk, avec une face entièrement acoustique et des ballades du meilleur cru comme « Tangerine » ou « That's The Way ». Sans oublier les influences orientales de « Friends », qu'on retrouvera plus tard avec « Kashmir » et l'album du retour en 1994, No Quarter. Sur l'autre face un blues mineur d'anthologie, « Since I've Been Loving You », et la puissance infernale de « Celebration Day » et « Immigrant Song » rassureront les fans de la première manière. Remarquable de bout en bout, Led Zeppelin III demeure sans aucun doute, avec le suivant, un de ses tout meilleurs albums. Avec le succès croissant, les tournées s'intensifient et Led Zeppelin commence à développer une réputation sulfureuse dans la bonne tradition rock'n'roll, à coup de chambres d'hôtel démolies, d'abus de drogue, d'alcool, de consommation effrénée de groupies. Un petit goût de légende largement renforcé par une passion pour l'occultisme, qui poussera Page à acquérir un manoir ayant appartenu au sataniste Alastair Crowley. La pochette du quatrième album (1971) reflétera d'ailleurs cette passion, son titre étant l'assemblage de runes druidiques correspondant à chacun des musiciens. Sans titre, sans nom de groupe, il sera pourtant la meilleure vente de Led Zeppelin puisqu'il contient l'énorme « Stairway To Heaven », un des hymnes incontournables des années 70, et deux de ses rocks les plus fameux, « Black Dog » et « Rock And Roll ». Sandy Denny fait une apparition pour le très folk « The Battle Of Evermore », mais le disque est aussi notable pour « Four Sticks » ou « When The Levee Breaks », qui montre que Page a désormais assimilé le blues d'une façon très personnelle et particulièrement convaincante, débarrassée des clichés qui encombraient par endroits les deux premiers albums.

La diversité annoncée avec Led Zeppelin III se poursuivra de plus belle sur l'inégal Houses Of The Holy (1973), avec l'apparition d'influences inhabituelles comme le reggae (« D'Yer Maker ») ou le funk (« The Crunge »). Quant à l'impressionnant morceau de bravoure « No Quarter », il prouvera une fois de plus que, si Page peut être parfois inutilement démonstratif dans ses solos, il lui suffit de trois notes pour aligner un riff imparable et en l'occurrence lourd de menace. En 1974, Led Zeppelin décide de monter son propre label, Swansong, qui publiera Bad Company (aux Etats-Unis), les Pretty Things, Maggie Bell ou encore Dave Edmunds, et aidera à financer le premier long métrage des Monty Python, Sacré Graal. Une année relativement tranquille, avec peu de concerts, ce qui permettra à Led Zeppelin de passer suffisamment de temps en studio pour enregistrer la matière de son opus le plus ambitieux, le double album Physical Graffiti, paru en 1975. Un invraisemblable fourre-tout à la belle cohérence, où l'on trouve quelques-unes de ses chansons les plus réussies « In The Light », « Sick Again », « Houses Of The Holy » et d'où se détache l'obsédant « Kashmir », que beaucoup considèrent comme son sommet créatif. La tournée mondiale prévue pour promouvoir l'album devant être annulée à la suite d'un accident de voiture de Plant, le groupe en profite pour mettre la dernière main à un double album live et un film regroupant des prestations de 1973, The Song Remains The Same, sortis tous deux en 1976. La même année paraîtra Presence, auquel les seules précommandes assureront un disque de platine. Il marquera pourtant le déclin créatif du groupe, et à part les dix minutes épiques d'« Achille's Last Stand » et « Tea For One », qui renoue avec le blues mineur de « Since I've Been Loving You », on peut juger le disque assez routinier et pas très excitant. En 1977 le punk est aux commandes et Led Zeppelin est devenu un de ces groupes dinosaures qu'il faut absolument détester. Cela et la mort soudaine du fils de Plant l'obligeront à s'arrêter un temps, pendant lequel les rumeurs de séparation font bon train. L'ultime In Through The Out Door (1979) ne changera rien à l'affaire, et la fin sera précipitée par la mort de John Bonham le 25 septembre 1980, des suites d'une ingurgitation massive d'alcool au domicile de Page. La décision d'arrêter sera rendue publique quelques mois plus tard, et en forme d'épilogue déprimant un album très mineur de titres inédits, Coda, paraîtra en 1981.

Par la suite, Robert Plant s'est lancé dans une carrière solo à succès, publiant des albums très sages, très propres, loin des excès passés : Pictures At Eleven (1982), The Principle Of Pleasure (1983), Shaken' n' Stirred (1985), Now And Zen (1988) et Manic Nirvana (1990). John Paul Jones s'est concentré sur son travail de producteur et a fait un disque avec Diamanda Galas. Quant à Jimmy Page, il a composé la musique du film Death Wish II en 1982, puis après de brèves retrouvailles avec Plant au sein des Honeydrippers il a monté l'éphémère Firm avec Paul Rodgers, l'ex-chanteur de Free et Bad Company (The Firm en 1985, The Firm Means Business en 1986), avant de publier un album solo en 1988, Outrider.

Les éternelles rumeurs de reformation ont finalement trouvé leur justification en 1994 avec le très crédible et très acclamé No Quarter, essentiellement composé de nouvelles versions d'anciens succès enregistrées avec des musiciens marocains, publiées sous le nom de Page & Plant. Un exemple rare de retour réussi, à l'occasion duquel le duo est apparu modeste et digne, très ouvert aux musiques nouvelles en général et à Jeff Buckley (sur qui l'influence de Led Zeppelin fut capitale) en particulier, qui en retour ne s'est pas fait prier pour assurer ses premières parties. Un album de chansons nouvelles enregistré par Steve Albini avec une très jeune rythmique composée par le bassiste Charlie Jones et le batteur Michael Lee, Walking Into Clarksdale (1998), a confirmé cette renaissance.

Led Zeppelin, un des plus grands groupes de rock, mais aussi un des plus controversés, peut se prévaloir d'une influence considérable sur le jeune publie et les musiciens actuels (américains surtout), comme l'ont prouvé les ventes de la compilation Remasters en 1990 et des remarquables BBC Sessions en 1997. Et, s'il est régulièrement crédité de l'invention du Hard rock et qu'on lui doit des bataillons entiers de chevelus bardés de cuir, Led Zeppelin a été aussi suffisamment fin et original pour avoir inspiré quelques-uns des artistes les plus personnels des années 90, parmi lesquels Ben Harper ou justement Jeff Buckley.