Jimi HendrixHENDRIX, Jimi (Johnny Allen Hendrix, rebaptisé James Marshall Hendrix) : guitariste et chanteur de blues, pop-rock et jazz américain, 1965-1970. Né le 27.11.1942 à Seattle (Washington). Mort le 18.09.1970 à Londres, Angleterre.

« When I die, just keep playing the records. » Un des musiciens les plus importants du siècle, ce guitariste, disparu à 27 ans, a joué dans le rock un rôle comparable à celui de John Coltrane dans le jazz. Plus grand guitar hero de l'histoire, il a pressenti de façon fulgurante toutes les inventions du rock moderne : blues psychédélique, jazz-rock, hard rock, fusion. Son influence dans le jazz, particulièrement forte sur Miles Davis, a été aussi importante que dans le rock.

L'ascendance de Hendrix est peu banale. Sa grand-mère paternelle, Nora, dont une ancêtre était princesse cherokee, a du sang indien, noir et irlandais mêlé. Ancienne danseuse de vaudevilles (spectacles musicaux itinérants), cette femme hors du commun s'est mariée à un blanc (Ross Hendrix, fils d'un riche courtier en céréales), dont elle a eu quatre enfants : le dernier, James Allen, surnommé Al, un danseur semi-professionnel au chômage, a épousé une jeune noire, Lucille Jeter, issue d'une famille très pauvre de mineurs. Elle n'a que 18 ans quand naît, en 1942, Johnny Allen. Le père est alors sous les drapeaux. Fêtarde et insouciante, Lucille, dont les témoins disent qu'elle fut ravissante, s'occupe mal de l'enfant, qui change constamment de nourrice. Quand Al revient de l'arme, en 1945, il la retrouve installée à Berkeley (Californie) avec un autre homme. Il prend son fils avec lui, qu'il rebaptise James Marshall, et retourne seul à Seattle. Le couple se rabibochera et aura un autre fils en 1948, Leon. Ce ne sera pas le dernier : disparaissant régulièrement, Lucille donnera naissance à d'autres enfants naturels. Les parents divorcent en 1950. Les enfants verront leur mère en cachette. Quand, remariée, elle mourra en 1958, après un long parcours dans l'alcool et la dépression, des suites d'une cirrhose du foie, le père leur interdira d'assister à l'enterrement.

L'enfance de James, dit Jimmy, est dure et faite d'humiliations. Son père, un homme strict qui perd le peu qu'il gagne au jeu, ne peut que l'habiller de haillons. Un jour, l'enfant est expulsé de l'église baptiste à cause de sa tenue. A l'école, qu'il ne fréquente qu'épisodiquement, il n'aime que le dessin et l'astronomie mais se passionne aussi pour la science-fiction. Sportif, il joue au football américain. Timide et introverti, bégayant, il trouve tôt refuge dans la musique. A 8 ans, il utilise déjà un balai pour mimer les sons de guitare qu'il a dans la tête, à tel point qu'une assistante sociale essaie d'obtenir pour lui une guitare payée par l'école. Elle échoue et Jimmy s'exerce sur un élastique tendu sur une boîte à cigares, puis un ukulélé qui n'a plus qu'une corde. Obsédé par la musique, il joue dessus « Peter Gunn » et étudie le solo de « Love Is Strange » de Mickey & Sylvia. En opposition à la rigidité de son père, le garçon se reconnaît dans la vie de bohème de sa mère, comme dans celle, errante, de sa grand-mère danseuse qui, établie dans une réserve, lui raconte le mode de vie nomade et les rituels musicaux de ses ancêtres Cherokees. A force de supplications, son père finit par lui acheter une guitare sèche d'occasion à 5 dollars. L'enfant ne s'en séparera jamais.

Toute son enfance, Hendrix a baigné dans le jazz et le rhythm'n' blues de Roy Milton, Louis Jordan, Joe Turner et a souvent chanté des cantiques à l'église de la Pentecôte , où les Evangiles sont, de longue date, joués dans une ambiance de fête avec les instruments du rock. Amateur de rock'n' roll (Buddy Holly), il va voir chanter Elvis Presley le 1 er septembre 1957 et rencontre une première fois Little Richard dans la rue. Il adore les ballades comme « Love Me Tender » et convainc son père de lui acheter une guitare électrique Supro Ozark. Al achète aussi un petit saxophone pour jouer avec son fils. Jimmy, déjà séducteur, fréquente les clubs de jazz et de rhythm'n' blues comme Spanish Castle, où il découvre les concerts de rock des groupes locaux. En été 1959, à 16 ans, il se joint aux Rocking Kings, avec lesquels il joue des morceaux des Coasters, assurant la partie de basse sur sa guitare avec James Wood-berry au piano-chant. En 1960, cette formation remporte le deuxième prix du concours du groupe de l'année de l'Etat de Washington. Bien que gaucher Hendrix est capable de jouer des solos de droitier sur des guitares empruntées (on lui a volé la sienne). Sa tante Mary lui achète une Danelectro blanche qu'il peint en rouge. Son groupe se mue en Thomas & The Tom Cats (1960) avec James Thomas au chant, et Jimmy devient soliste. Exclu du lycée pour avoir flirté avec une blanche, fâché avec son père, arrêté pour vol de voitures, il choisit une solution radicale : l'armée.

En 1961, Jimmy Hendrix rejoint le 101 e régiment aéroporté à Clarksville. Là il récupère sa guitare que son père lui fait expédier, dort avec elle. Lors de ses permissions il découvre les musiciens du blues, dont le jeune de scène sauvage et frénétique l'inspirera énormément. Il apprend beaucoup des saxophonistes, solistes vedettes, de l'époque. Il fait du parachutisme et ses sauts lui donnent l'envie d'imiter à la guitare le « violent souffle du vent : c'est de là que vient le fameux « Excuse me while I kiss the sky » de « Purple Haze ».

A l'armée, il fait la connaissance de Billy Cox, un musicien de Pennsylvanie dont le père a joué dans l'orchestre de Duke Ellington, lui-même bassiste et grand amateur de Charlie Mingus : il fonde avec lui les King Kasuals, qui jouent dans les casernes et bars locaux, reprenant des titres de Chuck Berry, Albert King et divers standards. Libéré de l'armée en juillet 1962, après s'être luxé l'épaule à l'issue d'un saut en parachute, il se rend à Nashville, où Cox, libéré quelques mois plus tard, le rejoint. Il enregistre une première séance pour Bill Hoss Allen. Il joue alors sur une Epiphone Wiltshire échangée contre la Danelectro. Dans le Tennessee, il se fait la main en accompagnant à l'occasion Slim Harpo, Tommy Tucker, les Imperials, Nappy Brown, School Boy, Carla Thomas, Ironing Board Sam, Bob Fisher & The Barnvilles avec le guitariste Larry Lee. Fin 1962, il se joint à Bobby Taylor & The Vancouvers, fixés dans la ville du même nom, au Canada, où il rencontre la deuxième fois le musicien qui aura sur lui une influence la plus marquante : Little Richard.

On ne sait pas précisément qu'il joint aussitôt au groupe du chanteur, ou plus tard, après avoir servi d'accompagnateur (pas assez) discipliné du spectacle soul de « Gorgeous » George O'Dell, qui réunissait les plus grands noms du genre (comme Sam Cooke, Jackie Wilson, Solomon Burke, les Marvelettes). En tout cas, il accompagne bientôt, sous le pseudonyme de Maurice James, les Upsetters de Little Richard, à qui il emprunte beaucoup de son futur style : moustache, veste à brandebourg, bandana, chemise à jabotů Little Richard a tôt fait de l'exclure de sa formation : parce qu'il lui volait la vedette, prétendra Hendrix ; parce qu'il arrivait toujours en retard, rectifiera Richard. Ses vrais débuts se font à New York, la ville qui lui fera accomplir sa métamorphose. En route, il s'est arrêté à Philadelphie où, avec le saxophoniste Lonnie Youngblood, il grave deux simples « Go Go Shoes » et « Soul Food ». L'un de ses morceaux qu'il enregistre alors, « Fox » est déjà une étonnante première version de « Little Wing ». Hendrix gagne un concours de talent amateur à l'Apollo de Harlem. Il travaille alors la guitare avec acharnement. En mars 1964, il est engagé par les Isley Brothers, sur scène et en studio, pour « Testify », « Move Over And Let Me Dance », « The Last Girl ». Pendant une tournée, sa guitare lui est volée à Seattle ; il acquiert une Duo-Sonic Fender lors de son retour à New York. Il rencontre alors Steve Croopper de Booker T.& The MG's, avec qui il échange des doigtés de guitare. Il rencontre aussi l'un de ses maîtres, le grand gaucher du blues Albert King, qui lui enseigne plusieurs trucs, comme d'accorder sa guitare un demi-ton plus grave de façon à pouvoir, en jouant, « plier » les cordes, assouplies, beaucoup plus facilement. Cette technique originale devient une composante essentielle de son jeu. Puis sa route croise également celle de B.B. King.

Le premier groupe à mettre Jimi Hendrix en vedette est celui d'un modeste chanteur qui reprend les succès du moment, Curtis Knight, avec lequel il jouera plus d'un an. Sa réputation grandit et, début 1966, après avoir accompagné une bande de twisters sur le retour, Joey Dee & The Starliters, il est engagé dans le groupe de King Curtis, les Kingpins, avec Bernard « Pretty » Purdie à la batterie et Cornell Dupree à la guitare, sans doute les meilleurs musiciens avec qui il ait jamais joué. Mais il déteste ce travail d'accompagnateur anonyme et guindé et monte enfin sa propre formation. Une de ses plus importantes découvertes qu'il fait alors est celle du Highway 61 Revisited de Bob Dylan, dont la manière de chanter et l'écriture poétique auront une profonde influence sur lui. Celle des groupes de rhythm'n' blues anglais, qui commencent à expérimenter le larsen, comme les Yardbirds, en est une autre, tout comme celle du LSD. Il monte début 1966 son propre groupe, sous le nom de Jimmy James & The Blue Flames. Il joue sur une Stratocoaster Fender blanche, utilise une fuzz-box et impressionne les habitués des cafés de Greenwich Village en jouant avec les dents. Cette formation inclut à la basse un Randy venu du Texas, et, à la guitare, un autre Randy que, pour distinguer de l'autre, il surnomme Randy California et qui deviendra célèbre en formant le groupe Spirit et sera l'un des meilleurs disciples, dans la tendance psychédélique ; Jeff Baxter, futur guitariste de Steely Dan, passe aussi par là. Les solos puissants, saturés, de Hendrix font souvent peur au public : le guitariste est contraint de jouer tard dans la nuit dans les boîtes de rock, les patrons ayant peur qu'il ne fasse fuir les clients. Il joue « I'm A Man » de Bo Diddley, « Hey Joe » de Billy Roberts, « Like A Rolling Stone » de Bob Dylan, « Wild Thing » des Troggs et d'autres classiques.

Peu à peu, tous les musiciens de New York découvrent Hendrix. Il joue alors ave le jeune bluesman blanc John Hammond Jr., qui a recruté les Hawks de Ronnie Hawkins pour l'accompagner : ce sont les futurs musiciens de The Band. Au Café A Go Go, Mike Bloomfield, réputé être le meilleur guitariste de blues de son temps, engagé par Dylan pour enregistrer avec lui, reçoit la même révélation que Mile Davis, les Rolling Stones et d'autres. Bloomfield est si abasourdi par ce phénomène qu'il déclare qu'il « ne veut plus jouer de guitare pendant un an ». En quelques jours, tout le monde veut entendre Jimi Hendrix, qui joue souvent avec Ray Buchanan en invité. Alerté par la petite amie de Keith Richards, Linda Keith, Bryan «Chas » Chandler, le bassiste des Animals, abandonne tout pour s'occuper d'Hendrix. Avec son associé Mike Jeffery, il l'emmène en Angleterre en septembre 1966. Chris Tamp et Kit Lambert, managers des Who, décident de l'engager chez Track, la compagnie qu'ils viennent de fonder. Chandler met alors un groupe sur pied. Il invite le jeune guitariste Noel Redding à passer à la basse : Redding a été aguerri par un long séjour en Allemagne au sein des Burnetts et anime alors The Loving King à Folkstone. Ansley Dunbar, batteur des premières répétitions, est délaissé (à pile ou face) en faveur de John « Mitch » Mitchell : ancien enfant acteur, il a été le batteur régulier du programme télévisé « Ready Steady Go ! » avant de jouer avec les Blue Flames de Georgie Fame. Son jeu impétueux est calqué sur celui d'Elvin Jones. Chandler suggère la formule du trio et le nom de Jimi Hendrix Experience. Johnny Hallyday, voyant le guitariste improviser avec Brian Auger, fournit à l'Experience son tout premier engagement, un passage à l'Olympia, en octobre 1966. Le chanteur français lui emprunte à l'occasion sa reprise de « Hey Joe », devenu entre-temps un tube pour les Leaves, dans son adaptation plus calme faite par le chanteur folk Tim Rose. De retour en Angleterre, l'Experience se produit en première partie de Cream. Hendrix devient alors la coqueluche des Beatles, des Rolling Stones, des Who et de Jeff Beck, qui, comme Bloomfield, est tellement subjugué par son talent et ses innovations qu'il décide de ne plus toucher son instrument pendant des mois.
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