MOD : mouvement musical et social apparu dans les années 60 en Angleterre.

Abréviation de « modern », ce mouvement né dans le milieu des années 60 a eu une immense influence sur l'histoire du rock en Angleterre. Opposés aux « rockers », les Mods étaient de jeunes prolétaires tirés à quatre épingles qui ne juraient que la musique noire américaine, le rhythm'n' blues de James Brown et la soul de Marvin Gaye. Ils permirent au rock anglais, bien mal en point, au début des années 60, de trouver son identité en se revitalisant aux sources de la musique noire. Le mouvement mod a donné naissance aux Who comme au Small Faces à Londres. Il a fait l'objet d'un revival à la fin des années 70, dont le groupe The Jam fut la figure de proue.

Les premiers Mods apparurent aux alentours de 1960 dans les quartiers prolétaire de l'Est londonien. C'était à l'origine des jeunes gens amateurs de jazz moderne, et plus encore de blues et de rhythm'n' blues, qui exécraient le rock'n' roll ; les affrontements entre Mods et Rockers sur la plage de Birghton sont d'ailleurs restés dans la mémoire collective outre-Manche. Autre particularité : leurs obsessions vestimentaires. Peter Meaden, le manager des Who, a défini par ces mots l'esprit mod : « Clean living under difficult circumstances » (un mode de vie propre dans des circonstances difficiles) ; on comprend assez bien que les Mods s'efforçaient de conjurer la modestie de leurs conditions de vie en soignant au mieux leur apparence. Costumes italiens, chaussures effilées, cravates fines étaient de rigueur ; par ailleurs, pour se différencier des Rockers, les Mods portaient non pas le blouson, mais la parka et ne roulaient pas à moto, mais en scooter. Vers 1963, les goûts des Mods s'étaient étendus à la musique jamaïcaine et ils avaient à Londres et aux environs quelques points de ralliement privilégiés, en particulier le Flamingo à Soho, où se fera la réputation Georgie Fame, et le Crawdaddy à Richmond, club dont le groupe résident était alors les Rolling Stones qui, aux yeux des puristes Mods, étaient des petits-bourgeois dont l'allure sale étudiée était artificielle et, déjà, médiatisée.

Le phénomène explose alors, et d'innombrables groupes anglais se mettent à reprendre les morceaux qui, jusque-là, n'étaient guère connus que de la petite sphère mod. Alors que le mouvement devient un phénomène de masse, une minorité de Mods continuera à cultiver un snobisme ombrageux, refusant d'écouter autre chose que des groupes et des chanteurs noirs parfaitement inconnus du grand public. Parmi eux, on signalera Guy Stevens (le futur producteur de London Calling de The Clash), un DJ influent qui fondera la marque Sue (laquelle assurera une certaine diffusion à des morceaux de rhythm'n' blues qui sans cette action seraient la plupart restés dans la plus profonde obscurité).

Pendant ce temps, des centaines de milliers de jeunes anglais achètent leur panoplie mod à Carnaby Street et s'enthousiasment pour les Beatles, les Rolling Stones ou les Kinks, dans lesquels les puristes ne voient guère plus que d'habiles vulgarisateurs. La plupart des Mods, même les plus exigeants, reconnaîtront en revanche Chris Farlowe, les Who, The Creation et les Small Faces comme des leurs. On raconte même que ces derniers ont signé chez Decca parce que cette compagnie avait eu l'idée de leur ouvrir des comptes dans les boutiques de Carnaby Street. Cependant, à partir de 1966, nombreux seront les groupes, au premier desquels figurent l'excellent The Action, Herbie Goins And The Night-Timers ou les Fleurs de Lys, qui bénéficieront d'une renommée extraordinaire dans le milieu mod sans jamais vendre de disques, ce qui semble indiquer la fin du mouvement. On notera d'ailleurs que très peu de 45 tours d'origine jamaïcaine auront les honneurs des classements nationaux, et qu'une autre musique chérie des Mods, le freakbeat, n'eut absolument aucun retentissement commercial.

De fait, dès lors que le freakbeat évoluera en psychédélisme, l'identité mod se diluera très vite. Le mouvement skinhead, qui à l'époque n'est pas encore ancré à l'extrême droite, accueillera les amateurs de ska et de reggae, tandis qu'au Nord de l'Angleterre se développera un réseau de clubs fidèle à l'esprit mod des origines, et encore actif dans les années 90, qui réhabilitera des morceaux de soul et de rhythm'n' blues passés inaperçus en leur temps. On appelle northern soul la musique passée dans ce circuit, et il faut donc bien voir en tête que ce terme, qui désigne aux Etats-Unis la soul produite dans les Etats du Nord, s'applique en Angleterre, par homonymie, à la soul que l'on écoute dans le nord du pays.

Il y eut en 1979-1980 un revival mod dont on n'a mesuré l'importance qu'après coup, la presse de l'époque n'ayant guère apporté de soutien à ce mouvement en son temps. A son origine sont le succès et le rayonnement de The Jam qui en 1978 s'est prestement débarrassé de son étiquette punk et, en intitulant son troisième album All Mods Cons, a clairement revendiqué son identité nouvelle. De fait, la culture musicale de Paul Weller, le leader du groupe, était presque exclusivement limitée à la musique qu'écoutaient les Mods au milieu de la décennie précédente. Par ailleurs, en 1979 est porté à l'écran l'opéra rock des Who, Quadrophenia, qui raconte l'histoire de Jimmy le Mod. La restitution de l'époque et de son esprit y est d'une vérité stupéfiante et crée immédiatement un engouement massif pour tout ce qui a trait à la culture mod. Significativement, le « Green Onions » de Booker T. & MG's, que l'on entend dans le film et qui ressort dans la foulée en 45 tours, atteint le n°7 ; The Jam, dans le même temps, pénètre la première fois dans le Top 10 avec « The Eton Rifles » ; et plusieurs groupes déjà formés, les Lambrettas, Secret Affair, les Merton Parkas (dont le leader Mike Talbot fera plus tard équipe avec Paul Weller au sein de The Style Council), les Purple Hearts et les Chords bénéficient la faveur soudaine du public pour leur musique, remportant tous un bref succès. Moins chanceux, mais dignes d'attention sont Back To Zero, The Jolt et, formés un peu plus tard, les Blades, les Circles, les Directions, Long Tall Shorty, les Nips et Seventeen.

Les groupes mod de cette génération souffriront beaucoup de la concurrence du revival ska, qui aura la préférence de la critique et du public. Au début des années 80, la plupart des formations citées ont déjà disparu. D'autres prendront la relève, tels Makin' Time ou Biff Bang Pow (deux groupes qui ont en commun d'avoir choisi pour nom des morceaux de The Creation) mais sans faire école ; en revanche, dans les années 90, le succès de Blur, d'Ocean Colour Scene et de Paul Weller en solo fédérera de nouveaux bataillons mod, montrant assez le profond enracinement de ce mouvement en terre britannique.