Sonny Boy Williamson II WILLIAMSON II, Sonny Boy alias MILLER, Rice (Aleck Ford) : harmoniciste et chanteur de blues américain, 1941-1965. Né le 05.12.1899 à Glendora (Mississippi). Mort le 25.05.1965 à Helena (Arkansas).

Avec son homonyme Sonny Boy Williamson I (dont il usurpa le nom) et Little Walter, Sonny Boy Williamson II fut sinon l'un des plus grands harmonicistes de l'histoire du blues, du moins l'un des plus novateurs et des plus influents. La popularité de certains de ses 45 tours pour le label Chess (« Don't Start Me Talkin' ») en fit une figure quasi légendaire en Europe au début des années 60, et l'amena à collaborer avec des artistes du blues bloom britannique comme les Yardbirds, les Animals et Brian Auger. Son talent d'harmoniciste fait souvent oublier qu'il fut aussi un chanteur très expressif et un parolier fort spirituel ; et la médiocrité de certains de ses derniers enregistrements ne reflète que très mal le vrai talent de l'un des authentiques piliers du son de Chicago.

Fils illégitime d'une certaine Millie Ford et d'un Rice Miller dont il adopte le nom, Sonny Boy Williamson II vit son adolescence sur les routes, un vagabond du blues dont la trace se perd dans une multitude d'anecdotes sans doute apocryphes qu'il prendra soin de répéter à l'envi lorsque la fortune lui sourira enfin, à partir du début des années 40. Si l'on croit la légende dorée, tout au long des années 30 Williamson aurait roulé sa bosse dans le sud des Etats-Unis en compagnie d'artistes aussi importants que Robert Johnson, Elmore James et Howlin' Wolf, avant de se faire un nom (usurpé, comme o va le voir) en 1941 grâce à un show radiophonique pour KFFA, une station de Helena, dans l'Arkansas. Le vrai « Sonny Boy » Williamson (John Lee Williamson pour l'état civil) avait été le premier harmoniciste de blues à imposer cet instrument des rues, tout d'abord aux côtés de Sleepy John Estes, puis en solitaire, avec des compositions originales magnifiques comme le classique « Early In The Morning ». Rice Miller, qui vivait loin de Chicago où son alter ego était un demi-dieu, n'eut pas le moindre scrupule à lui voler son nom, d'autant moins que celui-ci fut assassiné en 1948. La voie était libre.

Après quelques enregistrements fort obscurs pour Trumpet au début des années 50 (dont le splendide « Mighty Long Time »), Sonny Boy Williamson II prend alors le chemin de Detroit, puis de Chicago où les frères Chess ont monté le label de blues le plus populaire de l'époque, en bâtissant sur les premiers succès de Muddy Waters. Dès son arrivée en 1955, il décroche un succès retentissant, « Don't Start Me Talkin' », premier d'une longue série de disques dans lesquels il apporte la preuve éclatante de son originalité (« Keep It To Yourself », « Help Me »). Moins frustre que Sonny Boy Williamson I (sans avoir les éclats de génie et la souplesse mélodique de Little Walter), il éblouit par l'aisance et la rapidité avec laquelle il passe du chant à l'harmonica, avec un sens parfait de la ponctuation de la phrase musicale.

Lorsqu'il arrive en Europe en 1963 (encore inconnu), Sonny Boy Williamson déclenche une hystérie en partie attribuable à son extraordinaire présentation scénique. Ce sexagénaire on ne peut plus vert se produit vêtu d'un costume de bouffon, coiffé d'un chapeau melon, un parapluie au bras. Si l'on ajoute à cela des yeux de magot chinois et une barbichette de mousquetaire, on comprendra peut-être pourquoi le public européen (anglais en particulier) lui fait un triomphe. Sonny Boy Williamson n'est plus seulement un bluesman : pour toute une génération de musiciens britanniques, il est le blues.

Lui qui a toujours su la valeur d'un dollar enregistre à la va-vite des bufs (qui ont mal vieilli) avec les jeune loups du blues bloom : en 1963, les Animals et les Yardbirds ; en 1965, Brian Auger, l'une des étoiles montantes du jazz anglais, et partenaire de Julie Driscoll. L'Europe lui sourit si bien qu'il songe sérieusement s'y installer pour de bon. On le retrouve en studio avec d'autres exilés : la chanteuse Victoria Spivey, Otis Spann, le pianiste Memphis Slim. Mais la mort le surprend durant son sommeil lors d'un retour aux Etats-Unis en mai 1965.

Personnage haut en couleur, âpre au gain, superbement indifférent à toute idée d'authenticité ou de purisme, Sonny Boy Williamson n'en reste pas moins l'un des plus grands instrumentistes de l'histoire du blues (avant que les amateurs européens ne s'enthousiasment pour le numéro de music-hall de ses dernières années. Mercenaire ou pas, il fut un médium qui fit découvrir le blues à de nombreux musiciens qui devaient définir le rock des années 60. A ce titre, et même si on peut lui préférer des artistes moins manipulateurs, Sonny Boy Williamson mérite de figurer au même rang que des géants comme Muddy Waters, Howlin' Wolf et Jimmy Reed.