Johnny Otis OTIS, Johnny : chef d'orchestre, batteur, pianiste et vibraphoniste de rhythm'n' blues américain, 1947. Né le 28.12.1921 à Vallejo (Californie).

Ce californien est, avec Louis Jordan, le plus important des « Pères de l'Eglise » du rock'n' roll. Fidèle au jazz et au blues le plus pur, il a lancé les plus importants artistes d soul et rhythm'n' blues des années 40 et 50 : Esther Philips, Etta James, Little Willie John, Jackie Wilson et Hank Ballard. Il est le père du guitariste de blues Shuggie Otis.

Issu d'une famille gréco-américaine installée à Berkeley (Californie), il découvre, encore lycéen, le jazz en 1939 à l'occasion d'un concert de Count Basie. Inspiré par l'exemple de Jo Jones, il apprend la batterie et, dès l'âge de 20 ans, il accompagne Count Otis, un pianiste noir de blues et boogie-woogie. Jusqu'en 1945, Johnny Otis tourne sans relâche dans l'Ouest et le Midwest avec des formations comme le grand orchestre de Lloyd Hunter où il est aussi, parfois, vibraphoniste. Il enregistre également avec quelques jazzmen de premier plan, comme les saxophoniste Lester Young et Illinois Jacquet ou, si l'on croit la légende, le chef d'orchestre Stan Kenton. Fort de cette expérience, Otis est d'abord recruté au club Alabam de Los Angeles au sein de l'orchestre du saxophoniste Harlan Leonard. Il y monte son premier big band de swing, pour lequel il recrute le shouter de blues Jimmy Rushing et le pianiste-organiste Bill Doggett. En dépit de l'énorme succès de sa version swing du standard de jazz « Harlem Nocturne » en 1947, il abandonne vite le style big band, réduisant les cuivres à un trombone, une trompette et deux saxophones. C'est ainsi qu'en intégrant des rythmes plus violents, il est l'un de ceux qui créent le genre rhythm'n' blues, bientôt rock'n' roll (quand il sera joué par les blancs). Au Barrel House de Watts, le quartier noir de Los Angeles, il anime dès 1948 l'orchestre maison, et rode le « Johnny Otis Rhythm & blues Caravan », accueillant des chanteurs comme Esther Philips et Mel Walker. Au milieu des années 50, il arrêtera les tournées pour animer un programme à la radio pour KFOX, bientôt transformé en show télévisé.

Otis avait un flair hors du commun ; outre Jackie Wilson, Etta James, T-Bone Walker, Lowell Fulsom, les Robins (futurs Coasters) passèrent tous dans son groupe alors qu'ils étaient encore inconnus. Il composa « Every Beat Of My Heart », en premier lieu un tube en 1951 pour son protégé Jackie Wilson, puis pour Gladys Knight plus de dix ans plus tard. Et c'est tout naturellement qu'il fut embauché comme « rabatteur » par l'imprésario Syd Nathan, qui avait fondé le label King en 1944. Grâce à Otis, Nathan put ainsi mettre sur la main sur des artistes comme Little Willie John (« Fever ») et Hank Ballard & The Midnighters. Otis ne travaillait pas que pour King : il prêtait aussi son orchestre pour les séances d'enregistrement de Duke, la maison de disques fondée par Don Robey. Il crée l'accompagnement instrumental de nombre de titres gravés au début des années 50 par Bobby « Blue » Bland et Johnny Ace. Et puis, bien sûr, il y eut le célèbre épisode de la composition de « Hound Dog », l'un des plus grands classiques des débuts du rock'n' roll. Otis avait déjà croisé le chemin des compositeurs Jerry Leiber et Mike Stoller lorsqu'il avait travaillé avec les Robins. En 1953, les trois hommes s'assemblèrent autour du piano de Stoller pour écrire le nouveau tours de Big Mama Thornton pour lequel il était crédité comme co-compositeur. Mais lorsque Elvis Presley décida d'en faire l'une de ses chansons fétiches en 1956, le nom d'Otis disparut mystérieusement de la liste des auteurs de cet énorme tube.

En 1957, Otis décrochait enfin le contrat qu'il méritait depuis si longtemps en signant avec Capitol. En mettant un peu d'eau dans son vin trop épicé pour le public blanc, il décrocha trois tubes importants en 1957 et 1958, dont le dernier, « Willie And The Hand-Jive » donna à Bo Diddley l'idée de s'approprier la phrase rythmique (« Shave-and-a-haircut-three-bits », dans l'argot du genre) qui le rendit célèbre. Dans les années 60, Otis, quand il ne partait pas en tournée, consacré une partie de plus en plus importante de son temps à la politique, se servant de son considérable prestige sur la Côte Ouest, pour faire campagne en faveur d'un parti démocrate et du mouvement pour les droits civiques, c'est-à-dire l'émancipation de la minorité noire. Il s'était aussi découvert écrivain, et avait publié en 1965 Listen To The Lambs, un récit engagé des émeutes raciales de Watts et de leurs conséquences. Comme on s'en soute, sa production en fut ralentie, encore qu'il continuât à apparaître régulièrement tant à la radio qu'à la télévision avec son « Johnny Otis Show » que son fils Johnny « Shuggie » Otis avait rejoint à l'âge de 13 ans. Mais aucun de ses « grands projets » ne connut une réussite comparable à celle de ses entreprises passées.

Otis détourna totalement de la musique peu de temps après la sortie de son album The New Johnny Otis Show en 1981 pour Alligator. Il a depuis cessé de se produire sur scène et vit aujourd'hui à Los Angeles, où il est devenu pasteur de l'église de Landmark, et a récemment écrit (en 1993) un passionnant récit de sa propre carrière qui est aussi l'une des analyses les plus fines de l'histoire de la musique noire californienne, une musique ont il fut sans conteste l'une des figures les plus influentes pendant trois décennies.